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Extraordinaire ! Et pourtant...

mardi 15 janvier 2008

Voici une nouvelle que j’ai écrite pour un atelier d’écriture en licence. Le thème en était le fait divers et le texte devait comporter une description, un dialogue, des figures de styles et devait faire moins de 3 pages...

La voix retentit, tonitruante, divine, accompagnée d’un tonnerre d’applaudissements : ’’ Mesdames, mesdemoiselles et messieurs, bienvenue pour un nouvel épisode de ’Extraordinaire ! Et pourtant...’, la seule émission qui ose toujours aller plus loin dans l’extraordinaire ! Et pour vous guider à travers les stupéfiantes histoires de ce soir, je vous demande d’accueillir notre hôte : le grand, l’immense VINCENT DELIMPASSE ! ’’ Le chauffeur de salle leva à nouveau les bras, déchaînant le public qui offrit ainsi spontanément une réception triomphale à l’homme qui venait d’entrer sur scène. Vincent Delimpasse, après un court moment, leva à son tour une main, et – grâce au chauffeur – apaisa le public avec une facilité déconcertante pour un homme de sa taille. Il nous faut, en effet, révéler ici que l’animateur vedette de la plus grosse chaîne de télévision nationale était d’une taille inférieure à la moyenne, bien qu’un habile jeu d’estrades permette de masquer cette terrible vérité aux téléspectateurs. En fait, son ego démesuré acceptait assez mal de voir un producteur/animateur de cette qualité être obligé de lever les yeux vers le commun des mortels à qui il condescendait à donner un instant de gloire. Vincent Delimpasse, veste orange et chemise mauve, lunettes rondes et légèrement teintées, était donc petit et souffrait de calvitie naissante. ’’Et bien bonsoir ! Bonsoir à toutes et à tous. Je suis heureux de vous retrouver pour un nouveau numéro exceptionnel d’ ’Extraordinaire ! et pourtant....’ avec toujours plus de nouvelles images tout simplement incroyables et toujours plus de courses poursuites venues tout droit des États-Unis. Mais pour commencer, nous allons parler de voitures d’occasions comme caches pour drogues... Je vous demande d’accueillir chaleureusement notre première invitée : Antoinette Montana !’’


Jules Hanna, après avoir fait, pour la cinquantième fois consécutive, le tour de sa minuscule loge, regarda sa montre pour la quarante-deuxième fois en moins d’une heure trente. Cela ne devrait plus être très long maintenant...Les producteurs avait décidé de garder son histoire pour la fin de l’émission. Enfin, c’est du moins ce que lui avait expliqué la jeune femme qui l’avait conduit ici. Soit. Il devait donc patienter dans cette loge l’heure où l’on raconterait son histoire à des millions de téléspectateurs. Trois coups à la porte, et celle-ci s’ouvre sur la jeune femme. L’heure était venue...Son heure.


’’Mesdames et messieurs, nous voici déjà presque arrivés au terme de l’émission. Il ne nous reste plus, en effet, qu’une seule histoire à vous raconter pour cette semaine. Je vous demande à présent d’accueillir un homme qui a regardé la mort en face. Mesdames et messieurs, voici Jules Hanna !’’ La jeune fille poussa Jules des coulisses au plateau de tournage (geste du chauffeur, tonnerre d’applaudissement). Les consignes qu’on lui avait donné à son arrivée tournaient en rond dans sa tête. Parler distinctement autant que possible. Au pire, l’émission n’étant pas en direct, il devrait répéter ce qu’il avait à dire autant de fois que nécessaire. Mais cela représenterait une perte de temps pour tous - et donc d’argent pour la production. Une fois sur le plateau, il devait, avant d’aller s’asseoir avec les autres invités, serrer la main de Vincent Delimpasse, mais sans monter sur l’estrade. Ils avaient énormément insisté sur ce point. ’’Soyez le bienvenue Jules. Prenez un siège, je vous en prie. Êtes-vous à l’aise ?
- Euh...oui...(toussotements) Merci Vincent.
- Je crois savoir que vous avez ce que l’on pourrait appeler un métier à très haut risque, n’est-ce pas Jules ?
- Très haut risque me paraît un peu disproportionné...’’ Un bref coup d’oeil vers les coulisses lui permit de voir la jeune femme qui l’avait accompagnée quelques instants plus tôt gesticuler lamentablement. Il se souvint alors du dernier conseil : ne pas contredire Vincent Delimpasse, quoiqu’il puisse dire. ’’C’est un métier dangereux en effet...Mais...Disons que les problèmes que nous rencontrons...Même si ils sont rares, sont...assez euh...peuvent être assez...grave...
- Mon cher Jules, vous avez la modestie des vrais héros ! ’’ Un bredouillement incompréhensible répondit au présentateur. ’’ Mais vous ne nous avez toujours pas dit quel est votre métier.
- Je...hum...’’ Il pouvait sentait les yeux du public fixés sur lui. En fait, il pouvait même sentir le regard des millions de téléspectateurs à travers les cinq caméras du plateau. ’’Convoyeur de fonds...Je...
- Et depuis combien de temps exercez-vous cette profession ?
- Vingt-deux ans maintenant.
- Vous est-il déjà arrivé d’avoir peur pendant votre travail ?
- Quelquefois, je suppose...Mais je...
- Avez-vous déjà été menacé, Jules ?
- En fait, une seule fois...Vous voyez, on est dans un secteur plutôt calme...En pleine campagne...Dans des petits villages...
- Et bien, mesdames et messieurs, c’est ce que nous vous proposons de vivre maintenant : l’attaque d’un fourgon de transport de fonds, comme si vous y étiez !’’ Une musique grandiloquente retentit à travers la salle plongée dans la pénombre. Sur un écran géant placé derrière Jules, les premières images du reportage apparurent. Il ferma les yeux, les souvenirs de ce qui s’était déroulé quelques mois avant encore nettement imprimé dans sa mémoire.


Le choc de ma tête heurtant la paroi me fait rouvrir les yeux. J’étais en train de m’assoupir. Mauvais ça. Mais qu’espérer d’autre après une nuit de disputes conjugales...De toute façon, c’est le dernier arrêt de la tournée et bientôt je pourrais rentrer dormir à la maison. Jusqu’ici tout c’est parfaitement bien passé, comme d’habitude. À chaque arrêt, le fourgon a stoppé. À chaque arrêt, Bosko est descendu, la main posée sur la crosse de son revolver. Je descends alors à mon tour avec les cassettes métalliques contenant l’argent. Une fois la livraison effectuée, je remonte dans le camion, suivi de Bosko et le fourgon redémarre, et l’on recommence le même rituel à l’arrêt suivant. Pourquoi cet arrêt serait différent ? Notre blindée ralentit, puis s’immobilise devant l’unique banque du petit village perdu dans la campagne. Bosko ouvre la porte et descend, la main sur son pistolet. Je descends à sa suite et m’avance vers la porte du bâtiment. C’est étrange, penser que l’on ne viendrait plus dans cette banque et que nous...Une main sur mon bras m’arrête, m’oblige à me retourner. Face à moi, le canon d’un fusil. Bosko, bien que responsable de ma sécurité, a dû relâcher sa vigilance, lui aussi, pour ce dernier arrêt. Lui aussi doit être sous la menace d’un canon comme celui-là. Je n’entends pas ce que me dit le flingue. Je vois mes enfants. Je vois ma femme. Je vois notre dispute d’hier, pour des conneries. Et je me dis, stupidement, que je donnerais tout pour en vivre d’autres, que ce soir, je m’excuserais. Je me dis que je ne peux pas mourir pour ça. La coffre n’est déjà plus dans mes mains. Les fusils sont partis. Nous sommes seuls, Bosko et moi, sur le trottoir.


Les applaudissements résonnèrent dans la salle lorsque la lumière revint. Jules aurait été incapable de dire à quel point le reportage avait fidèle à ce qu’il s’était réellement passé, mais cela n’avait en fait plus vraiment d’importance. Vincent Delimpasse s’approcha de lui. Il voulait tout savoir : ce que l’on ressent lorsque l’on pense que l’on va mourir, les pensés qui vous passent par la tête, si l’on voit sa vie défiler devant ses yeux... Jules répondit, poliment, aux questions qu’on lui posait. ’’Mais, il y a pourtant une chose que je ne comprends pas, et nous finirons sur cette question. Vous êtes censés protéger l’argent que vous transportez. Vous êtes armés. Pourquoi n’avez-vous pas résister ? Pourquoi le conducteur, qui lui aussi est armé, n’a t’il rien fait ? - Pourquoi ? C’est bien simple... La banque où nous allions allait fermer définitivement. Nous n’y allions pas pour livrer l’argent des distributeurs automatiques, mais pour prendre l’argent qui restait avant la fermeture. S’ils nous avaient attaqués en sortant de la banque, cela aurait été différent. Mais, lorsque nous sommes sortis du camion, la cassette était vide...

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